Objectif

0
(0)

Dans un coin de la savane africaine, quelques Homo Erectus se félicitent d’avoir pu enfin tuer leur gibier, un éland, la plus grosse antilope d’Afrique. Ils sont fatigués par les heures de marche nécessaires pour cette traque. C’est que leur technique de chasse est particulièrement sophistiquée.

Elle consiste à épuiser le gibier afin qu’il se « livre » lui-même à ses prédateurs. C’est le principe de la chasse « par épuisement ».

Si les gros mammifères sont habitués à chasser ou à être chassés, ils ne sont pas capables de poursuivre leur proie et fuir leur prédateur des heures durant. C’est tout le contraire.

L’attaque d’une antilope par un lion ne dure que quelques secondes. L’énergie déployée par les deux est telle que chacun a besoin de se reposer longuement si la proie a échappé à son prédateur et surtout de se rafraichir après ses quelques secondes d’efforts intenses. La faute notamment à l’absence de glandes sudoripares qui permettent de réguler la température du corps en libérant de la sueur.

Homo Erectus l’a bien compris. Lui qui transpire, lui qui grâce à ses deux grandes jambes peut marcher longtemps et s’abreuver en même temps. C’est un marathonien dans un monde de sprinter.

Il poursuit donc sa proie pendant plusieurs kilomètres, quelques fois plusieurs dizaines, sans courir mais assez rapidement pour l’empêcher d’étancher sa soif. Au bout de quelques heures, l’animal épuisé n’a plus la force de fuir. Il se rend. Les chasseurs peuvent alors lui sauter dessus sans risque.

De l’antilope à l’objectif

Selon l’anthropologue Louis Libenberg, la chasse par épuisement serait à l’origine de notre bipédie, du développement des glandes sudoripares, voire de l’écriture, car notre capacité à déchiffrer les empreintes des animaux pour mieux les pister ne serait pas si lointaine de celle qui nous permet aujourd’hui de déchiffrer des caractères.

La chasse par épuisement est le laboratoire de notre espèce. Elle nous a rendu plus sociaux et plus collectifs.

Mais il y a plus important. C’est aussi la marque de notre caractère unique : la capacité à se donner des projets, autrement dit, comme le disent les psychologues, l’intentionnalité.

Aujourd’hui, nos proies sont plus abstraites. Nous les appelons « objectifs », nous les appelons « projets », nous les appelons « diplôme », nous les appelons « Graal ». Nous les chassons seul ou en groupe et pour cela nous déchiffrons des manuels, des documents, des plans. Nous sommes toujours des chasseurs, mais nos proies sont plus abstraites. Nous appliquons des stratégies différentes, mais généralement les sprints deviennent vite des marathons, comme pour Homo Erectus.

De l’objectif à l’engagement

Nul doute que l’Homo Erectus chassant son futur bifteck était pleinement à sa tâche. Il en comprenait le sens et développait des trésors d’ingéniosité pour y arriver. En entreprise, il est quelques fois plus ardu de trouver un objectif aspirationnel pour se sentir parfaitement engagé dans son travail. C’est d’autant plus le cas si, comme le déclare 50% des employés, vous ne recevez jamais d’appréciations de la part de votre manager. C’est particulièrement malheureux quand on sait que la sens est un des trois piliers de la motivation.

Pour faire honneur à l’Homo Erectus qui se cache derrière l’Homo Sapiens que vous êtes, je vous propose un exercice pour bien identifier le ou les objectifs que vous allez poursuivre en vous adressant aux personnes qui comptent sur vous dans votre entreprise, client interne ou client externe, management etc. Rien de tel que leur vision pour alimenter la vôtre et voir comment vous pouvez rendre service au mieux à votre tribu.

Cette méthode de récolte de feedback a été créée sous l’impulsion d’une communauté de managers chez Orange. L’objectif était de revisiter la démarche de l’entretien annuel en offrant la vision du manager vers son collaborateur, mais aussi l’inverse, toujours sur la base des mêmes questions. Enfin, ce dernier prend l’engagement d’aller interroger avec ce même questionnaire trois à cinq autres personnes de son entourage professionnel.

Voici les 4 questions :

  1. Sur la période passée, quelle contribution de ma part as-tu trouvé la plus utile et pourquoi ?
  2. Toujours sur la période passée, as-tu une information ou une perception à me partager dont tu penses qu’elle me sera utile pour la suite ?
  3. Sur la période à venir, et de ton point de vue, quelle contribution de ma part te semble la plus importante ?
  4. Si tu étais à ma place, quelle compétence penses-tu qu’il faudrait que je développe ou renforce en priorité ?

Les réponses à ses questions permettent à chacun de se fixer des objectifs en cohérence avec les enjeux du collectif. Elles permettent également de définir des objectifs plus personnels de développement des compétences comportementales ou techniques.

Au quotidien, il s’agit ensuite de décliner ces objectifs en actions. Soyez comme Homo Erectus, poursuivez votre cible sans vous épuiser. 3 à 5 actions majeures par jour suffisent pour avancer raisonnablement et tenir la longueur. Comme nos ancêtres, préférez le marathon au sprint.

Ecouter la version audio :

Le livre qui a inspiré ce billet :

Le livre de James Suzman « Travailler : la grande affaire de l’humanité » 

Un courrier mensuel pour développer vos compétences comportementales

Je vous propose une newsletter qui va traiter sous une forme originale le thème des compétences comportementales en allant puiser dans la grande Histoire les petites histoires qui aident à prendre du recul avec nos pratiques quotidiennes.


Licence Creative Commons
Ce contenu est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Cliquez sur les étoiles pour me le dire !

Note moyenne 0 / 5. Nombre de vote 0

Soyez le premier à donner une note à cet article !

Si vous avez trouvé cet article utile...

Retrouvons-nous sur les réseaux sociaux !

Ah vraiment désolé que cet article ne soit pas utile pour vous.

Aidez-moi à améliorer cet article !

Comment puis-je améliorer cet article ?

Publié le
Catégorisé comme Blog

Par Alexandre Zermati

Auteur et conférencier en efficacité professionnelle et collective | Livre « Self Manager » éd. Eyrolles | Podcast « Azzzap »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

3 × 4 =